Au paradis des néons

 

Le retraité se promenait dans les allées bondées. Où aller sans dépenser trop ? L'essence dont le prix flambait, le bifteck hors de prix, l'électricité qui pris d'un coup de foudre venait d'augmenter …Là, au moins il était bien chauffé à peu de frais suivant l'allée qu'il choisissait soit du côté poulets rôtis soit au frais au voisinage des glaçons protégés par la chaîne du froid. S'il savait regarder sans rien toucher et surtout sans se laisser tenter à acheter, l'après midi ne lui reviendrait pas trop cher.


C'était un vrai paradis : là, les feuilles de salades apparaissaient plus verte que verte et ici, la viande était plus rouge que sang.


Un vrai théâtre où les spots d'enfer coloraient les oranges pires que si elles poussaient chez elles sous les tropiques.

 

Donc, juste à cet instant, le "retraité-badaud" "traînnaille" du côté des grandes marques d'eaux quand il assiste à une scénette jouée par des acheteurs et des vendeurs.


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Une dame désirait une bouteille d'eau, apparemment pas n'importe laquelle puisqu'elle s'étire pour la saisir, mais trop courte elle doit se hausser, se hisser sur les présentoirs. Bref elle finit par monter à l'assaut du rayon.


Le retraité voit avec effroi un jeune commis pousser un transpalette à demi plein de packs d'eau juste derrière la dame partie en escalade.

Le retraité pensa : dès que la dame redescendra elle fera un pas en arrière et choira. Ce qui fut pensé se réalise. La dame en redescendant sur terre, tenant victorieusement son eau de source à la main fait un pas en arrière et tombe, culbute à la renverse sur le lit de packs.

 

A voir ses gesticulations, on aurait cru une mouche tombée dans un verre d'eau mais aidée gauchement par le fautif boutonneux elle finit par se relever.


Elle braille sur le commis : "Ça ne va pas de mettre votre chariot dans mon dos !"

"Je ne vous avais pas vu" répondit-il l'air déconfit pour s'excuser bien que la femme ne soit ni naine ni menue.

Sur ce, entrée en scène par le rayon pâtisserie, du Monsieur de la Dame :

"Vous avez fait tomber ma femme, je veux voir le directeur"

"Mais regardez, votre femme n'a rien, on ne dérange pas le directeur pour si peu"

"Pour si peu ! Vous allez voir !"

 

Alertés par les cris poussés, les badauds déferlent des rayons, s'approchent, se rapprochent, encerclent les artistes malgré eux et deviennent acteurs.

Les uns prennent fait et cause pour la Dame, quelques-uns défendent le commis qui doit faire son boulot minuté. Une cacophonie !

 

Un gars balèze avec une veste couleur bordeaux* s'introduit dans le groupe et tente de disloquer le groupe piaillant :

"Circulez Messieurs Dames l'incident est clos, personne n'est blessé…"

"Oui, mais quand même le commis aurait pu faire attention…"

"La dame "n'avait qu'à pas" grimper dans les rayons…"

"Elle aurait pu se faire très mal si…

"Oui, mais ce n'est pas le cas….

"Comment voulez-vous qu'on se serve dans vos rayons situés à hors de portée de mains….ça n'a pas de sens de mettre vos conserves sur le toit et de ne pas proposer d'échelles aux clients"

 

Débarque une demoiselle en tailleur bleu marine*.

Souriante, apaisante elle s'adresse à la Dame chamboulée :

"Le magasin en dédommagement de vos malheurs vous offre gratuitement votre bouteille d'eau de source et en plus vous offre une réduction de 50% sur les achats de votre chariot"

 

Les figurants applaudissent et repartent dare-dare reprendre la vendange des rayons.

 

* les couleurs ont été modifiées pour respecter l'anonymat


daniel  avatar daniel

Par daniel3 - Publié dans : 014 : le coin de "Plume" ma copine - Communauté : Etre pour les autres.
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