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Histoire de coeur
Un an après…

La table d'opération, le réveil, les examens préliminaires, les affreuses
seringues et les prises de sang ; les contrôles post-opératoires où le manipulateur semblait s'amuser à te faire pulser le cœur à fond plus vite que la musique…pour voir si… : c'était un bon
vieux souvenir.
Les poumons à plats, déballonnés, occis, flapis, sous gonflés, presque crevés à
regonfler le plus vite possible sans utiliser de bombe anti-crevaison ! Le regonflage d'urgence s'était payé au prix fort de forts halètements et suffocations, d'efforts surhumains,
inhumains.
A l'épisode "Cœur story", je n'y pense pratiquement plus, sauf
le matin quand je dois prendre mes trois pilules de survie.
Je suis maintenant frais comme un gardon, en plus la longue cicatrice s'efforce de se rendre
invisible au fil des jours.
Je préfère, j'aime mieux penser au travail merveilleux des personnes
soignantes qui se donnent à fond pour réparer les cœurs malades et sauver des vies, remettre des personnes patraques en forme.
La médecine, je n'y connais rien. Juste que je prends des anti-douleurs quand j'ai des
douleurs.
Tiens, je me souviens que le professeur qui m'a opéré est venu me voir pour m'expliquer ce qui allait
m'être fait. Il l'a fait d'un ton calme, tranquille, rassurant, prenant son temps comme si l'intervention qu'il allait pratiquer n'était pas plus difficile qu'une appendicite, comme si rien
d'extraordinaire ne l'attendait au bloc. C'est magnifique ! Un homme intelligent et simple aux mains habiles.
Et toutes ces charmantes infirmières qui tournoyaient pour essayer de te tranquilliser, de
t'embobiner par un gracieux sourire mais surtout te tranquilliser, te détendre contre ton gré avec leurs produits passés au compte-goutte dans tes veines sans rien te dire. Charmantes mais
sournoises…
Je leur pardonne. En effet à quoi cela servirait d'affoler les patients.
Je me souviens aussi de cette infirmière qui me traînait, m'emmenait faire mes premiers pas en me
soutenant. Pas facile de promener une personne déjà mal marchante, emberlificotée avec sa poche de sérum pendue au bout d'un lourd et encombrant support. Il y avait aussi à traîner un bidon qui
recueillait, évacuait les cochonneries liquides via deux drains.
Il fallait se déplacer aussi avec le pacemaker encombrant branché en permanence jour et nuit relié à
deux minces fils qui sortaient au-dessus du nombril et qu'il ne valait mieux pas déchirer.
C'était toujours pareil : à la descente du lit je me retrouvais embobiner, ficeler, emberlificoter.
Je tournais un coup dans les aiguilles d'une montre pour déficeler cela, je tournais deux tours à l'envers pour me dépêtrer de cela. Bien souvent, l'infirmière devait débrancher d'un côté, puis
tournicotait, détricotait fils et tuyaux, et rebranchait. Là, enfin c'était parfait. Quelle patience d'ange. Toute la journée, toute l'année, sans s'énerver elle déficelait et reficelait
des opérés.
"C'est aujourd'hui que la famille vient vous rendre visite
?"
"Oui"
"Alors, il va falloir se faire beau, se raser et mettre la
chemise"
Raser ?
J'avais oublié ! Ce n'était pas ma préoccupation principale. Alors, la douce et prévenante infirmière
me donna mon rasoir sorti du sac et alla dans le service me dénicher un miroir à main.
Quand la famille arrive, elle trouve un homme rasé, parfumé. Grâce à l'infirmière prévoyante, je ne
fis pas trop peur à voir, quoique mes traits fussent un peu tirés, me fit-on remarqué.
Finalement après coup je dois reconnaître le courage de cette jolie guêpe matinale qui me réveillait
pour me piquer en allumant la lumière de la chambre tôt aux aurores et me faisait cligner les yeux. C'était la prise de sang matinale et quotidienne : pour moi pas de veine, impossible d'y
échapper. La courageuse infirmière s'était levée de bonne heure, avait bravé la route et je n'étais pas son premier client.
C'était bizarre de trouver ici des tas de gens gentils et patients avec leurs patients. Tenez, j'ai
en souvenir ce cardiologue sympa en tenue verte qui en quelques secondes lisait mon électrocardiogramme et m'expliquait en quelques minutes ce qu'il en était, me commentait positivement que tout
allait bien et que je sortirais certainement demain ou après. Avec un grand sourire, en sortant, il tendait le pouce en l'air pour me signifier que tout était ok.
Et puis c'était bon de voir que les amis s'inquiétaient et s'informaient quotidiennement de mes
nouvelles : untel ou untelle à redemander de tes nouvelles faisait plaisir à entendre, aidait à guérir.
C'était bien de se faire opérer du cœur (mais pas trop souvent), on découvrait que notre sort ne
laissait pas insensibles les amis.
Et puis le clou du plus beau, le top des tops de l'Amour, l'apothéose c'était la famille qui bien que
bouleversée n'en laissait rien voir. Choyer, chouchouter, couver j'étais.
La famille venait aux nouvelles du cœur plusieurs fois par jour pour me réconforter via les services
téléphoniques.
C'était bien de se faire opérer du cœur car on savait qu'on était aimé par ses proches et ses
amis.
Daniel
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