Le Monde du silence

 

Ce matin serait – paraît-il – un mauvais jour ! Comme à regrets la personne s'extirpe de ses draps et se lève.

Elle pose la main sur la poignée de la fenêtre et stoppe son mouvement machinal.

Elle a d'un coup peur de ce qu'elle va entendre.

Hier soir, à la télé, "ils" l'avaient prévenue.

La mal levée termine son geste et ouvre grand les battants et ses oreilles.

 

Le silence impressionnant de la ville parvient jusqu'à elle, traverse sa tête, rentre par une oreille et ne sort pas par l'autre !

Un vertige la saisit. Jamais de sa vie elle n'avait connu cela.

Même quand on n'entendait pas de bruit on percevait au moins un peu en fond sonore.

C'était terrible, insupportable et il allait falloir vivre avec. Indéfiniment !

 

Dans le ciel, nulles traces d'avions, nulles traînées blanches.

 

On leur avait promis et prédit et pour une fois les promesses se réalisaient.

La personne inquiète se prépare à partir à la ville à vélo. L'essence, le fuel, le kérosène il y en aurait encore assez pour des siècles et des siècles mais les gens ne travaillaient plus et n'avaient pas de sous pour se les payer.

 

Arrivée en ville, paniquée par ce qu'elle voyait et n'entendait pas, la personne instinctivement fit un signe de croix.

Les rues étaient vides de tout engins à moteurs. Pas de voitures, encore moins de camions, de bruyants groupes électrogènes et de marteaux piqueurs.

Les gens depuis belle lurette dans la misère erraient sans but, pieds nus, sans bruit sur les pavés que les bonnes âmes leur avaient refilé en douce comme une prémonition.

 

Les turbines des barrages pouvaient encore fournir de l'électricité mais la population ne s'en servait plus : trop chère !

De ce fait ce n'était plus la peine d'en produire et les lumières s'étaient éteintes hier soir à minuit.

Le bruit des ventilateurs, des mixeurs à soupe, des rase barbes, des tronçonneuses et souffleurs de feuilles avait disparu faisant place à un triste silence apte aux méditations.

 

Les géantes cheminées coniques des vieilles usines balisaient à mort, attendant la destruction. Elles se demandaient pourquoi on ne leur repoussait pas l'âge de la retraite à elles !

Inutile de se déplacer pour tenter d'aller chercher du travail là ou ailleurs : il n'y en avait plus. Les usines étaient parties sous d'autres cieux. Les bâtiments silencieux se désagrégeaient petit à petit sans bruit.

Bientôt, les cyclistes ne trouveraient plus de chaînes à vélo et déjà les fabricants se recyclaient à toutes pompes en préparant "la patinette de l'avenir"

Mélancoliques, les trains avaient cessé leurs bruits de ferraille et stagnaient sur place attendant d'être rongés par la rouille.

Les locos tirant ses wagons bondés de bruyants travailleurs rejoignant leurs usines n'étaient plus que vagues souvenirs. C'était comme si le sang ne circulait plus dans les artères et les veines d'un être.

 

Privés de combustibles, les jets rapides restaient les becs cloués sur le tarmac.

Les tracteurs restaient bloqués à la ferme et le monde agricole était sur la paille. On ressortait les houx, les pioches.

 

Des gens aux airs malheureux se croisaient sans piper mots. Le pain manquait - faute de n'avoir pu pétrir la pâte et de la cuire -, et collait tout le monde dans le pétrin.

La télé à l'écran endeuillé restait muette de stupeur.

 

Un grand silence plane sur la ville puis descend l'envelopper. Un incommensurable Silence paraît vouloir s'installer durablement ad vitam aeternam.

 

daniel  avatar daniel

2/11/2011

Par daniel3 - Publié dans : 010 : les lois Rubicube - Communauté : Etre pour les autres.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Profil

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés