Partager l'article ! 009 - Troyes brûlera-t-il ?: Le hasard, la malchance, des circonstances imprévues, les bizarreries du temps, l'inconscience, le ...

Le hasard, la malchance, des circonstances imprévues, les bizarreries du temps, l'inconscience, le manque de jugeote ou la folie des Hommes se réunissent parfois pour engendrer les catastrophes.
Les maisons qui logent au centre de la ville de Troyes sont en pans de bois, à colombages comme ils disent ; en bon bois moyenâgeux labellisé bien sec. Bien peintes, les maisons réjouissaient l'œil des touristes.
Par soucis de précautions la caserne des pompiers avait été construite et positionnée pas loin de là à vol d'oiseau entre la piscine du Vouldy rebaptisée depuis peu piscine Lucien Zins et le boulevard extérieur Pompidou.
Combattre le feu dans une ville peuplée d'habitations en bois c'était forcément engager une course contre la montre entre le feu et l'eau.
Rien à dire, les secours pouvaient arriver rapidement : les rues étaient larges … "pouvaient" et "étaient" parce qu'au fil des ans et des différents plans d'urbanismes faisant plaisir à certains et pas à d'autres, les rues fondent en largeur.
A l'inverse on s'équipait de camions rouges de plus en plus gros pour mieux lutter contre l'ennemie public numéro un : Flamme, la diablesse rouge !
Tout était prévu. Bonnes gens, inutile de vous tricasser*, dormez en paix ! Le même refrain revenait comme avant toute catastrophe : cela n'aurait pas du arriver car rien n'avait été laissé au hasard et que tout avait été génialement pensé !

'était un jour comme les autres : le soleil s'était levé sans bruit, attirant en ce début de mois d'été, les
foules des beaux jours dans la ville de Troyes.
Tout le monde - le cœur léger - s'amusait oubliant mille soucis quotidiens et les milles ennuis perpétuels. Les terrasses des cafés pleines à craquer débordaient, s'étendaient, empiétaient sur la rue. La bande de jeunes musiciens installée sur une scène jouait des airs rythmés qui faisaient oublier le temps.
Parmi les odeurs de saucisses cuites au barbecue et celles des crêpes salées sucrées, les gens reniflaient l'odeur de fumée particulière dégagée par le vieux bois. Mais ils ne voyaient rien.
L'odeur des crêpes l'emporta. L'envie de se distraire parmi les flonflons festifs fut la plus forte.
Sans cesse repoussés de la rue, les pigeons indignés avaient trouvé refuge sur les toits
Sur les hauteurs des bâtiments des corbeaux guettaient l'œil noir.
Le hasard fit que nul pompier au flair affûté ne soit dans les parages, mêlé à la foule.
Pourtant tout le monde le sait : il n'y a pas d'odeur de fumée sans feu.
Quelqu'un lance un cri d'alerte : par un vasistas il voit danser des flammes.
Deux secondes plus tard, la vitre explose libérant un monstre aux multiples langues de feu.
Quatre autres secondes après, le standard de la caserne de pompiers explose suite à une avalanche de coups de fil de téléphone portable.
A l'intérieur du sous-sol les flammes agressives avaient déjà bien mordu le bois.
Juchée sur le toit de l'Hôtel de Ville la sirène troublante et ondulante appelle à la rescousse les malins pompiers et provoque des frissons de chair de poule chez les fêtards.
La police débarque jetant ses voitures en vrac, en tout sens, bloquant les accès.
Les commerçants voisins affolés prêtent leurs extincteurs à des personnes voulant en découdre avec le début d'incendie. Mais rien n'y fait ! Le feu résiste, pis : il gagne du terrain.
Il fallait attendre les pompiers.
Ces derniers sont déjà à bord des véhicules et ils vont quitter la caserne dans quelques secondes : ils prévoient d'être sur place dans deux minutes. Ils finiront de visser leurs casques sur leurs têtes en roulant.
En sortant de la caserne de pompiers, pour aller vers le centre-ville on prend normalement en direction du rond-point du Vouldy appelé dorénavant " Rond-point Gl Wood et Cdt West ".
Trois véhicules rouge s'y engagent à la queue leu leu : c'est qu'à Troyes on ne rigole pas quand il s'agit d'un incendie en centre-ville.
Il y avait déjà eu les grands incendies en 1524 et en plein hiver 1985 lorsque le thermomètre affichait en quelques endroits les – 29°
Mais cent mètres plus loin un camion citerne d'essence barre la route en travers. Pourquoi ?
Personne ne sait l'idée qui a mal inspiré le conducteur ; toujours est-il qu'il bouche le passage aux véhicules de secours avant la station à essence : son moteur calé ne voulait pas repartir.
La petite rue Robert était en travaux : pas moyen de la traverser.
Le temps passait vite ! Pas d'issue, il fallait faire demi-tour et passer par le boulevard Pompidou.
Ça rallongeait un sacré coup !
Pendant ce temps les flammes s'échappent du sous-sol et lèchent les poutres de la façade ; se pourlèchent du bois piqué aux vers.
Cinq minutes après le déclenchement de la sirène le convoi de sapeurs pompiers quitte le boulevard Pompidou pour entamer sa progression par le boulevard Jules Guesde.
Bien mal lui en prit !
Les automobilistes continuaient d'arriver en ville par le boulevard "Barbuse et quai Dominique" qui longent la Seine. Un embouteillage monstre bloque le rond point de la piscine. Sur plusieurs centaines de mètres les autos sont à touche touche, pare choc contre pare choc où il serait impossible de glisser une contravention. Il est impossible de traverser le rond point en direction de la préfecture malgré le pin-ponage intensif et les émissions forcenées d'éclairs bleutés.
Une longue file continue de voitures stagnait entre la piscine et le théâtre de Champagne autrefois appelé "Le Cirque". Pourquoi n'avançait-on pas ? C'est que la municipalité embellissait la ville et que l'économique troyen* faisait rouvrir le canal et que la circulation auto ne s'effectuait plus que d'un côté : une voie montante et une voie descendante. L'autre côté du canal en pleins travaux serait dédié à la promenade.
Qu'y avait-il d'entreposé dans le sous-sol du centre ville : des bidons de peinture, d'essence ?
Une ou des bouteilles de gaz ?
Toujours est-il que sans prévenir quelque chose explose faisant trembler l'ossature du bâtiment, créant des prises d'air un peu partout et relançant, activant le feu comme un soufflet de forge.
Par miracle il n'y eut pas de blessés graves, juste quelques escarbilles qui frôlèrent les "un peu trop curieux".
La police tente de faire dégager voitures : ceux-là étaient dirigés vers la cathédrale, ceux-ci étaient priés de plonger dans le parking souterrain "cathédrale" pour faire de la place aux autres. On entassa et serra les autos dans la caisse en béton comme des sardines dans une boîte en fer. Bref on dégagea quelque 200 m de voitures. Les pompiers croyant la voie libérée s'engagèrent le long du bassin de la Préfecture, sur le "quai La Fontaine" où tout se rebloqua en un rien de temps. Il était impossible pour les automobilistes de monter sur le trottoir vu que "On" avait quillé toute la rue en piquets anti-stationnement.
Pendant ce temps le feu prenait du volume et la maison s'affaiblissait. Puis le toit fut plus lourd que le reste des poutres grignotées par les vers et mangées par le feu. Le toit descendit d'un étage.
Des flammèches s'envolèrent emportées par l'air chaud qui montait et descendirent un peu plus loin dès que l'air se rafraîchissait. Elles tombaient au hasard : au milieu de la rue ou sur d'autres toits.
A la vision de la maison s'écroulant un autre vent monta : un vent de panique !
Constatant ses camions de pompiers cernés de toutes part par… des autos, le chef des pompiers envoya une seconde équipe par la rue Raymond Poincaré via la rue des Bas-Trévois.
Il demanda de toute urgence en renforts les équipes du feu des Saintes et Saints des environs : Sainte-Savine, Saint-André les Vergers, Pont sainte Marie, Saint Julien les Villas, Saint Parres aux Tertres.
La sirène poussa une nouvelle complainte glaçant les sangs des bonnes gens : elle convoque de toute urgence les pompiers volontaires.
Les pompiers sortirent des camions prisonniers dans l'embouteillage et prirent leurs jambes à leurs cous en direction de l'ennemi, emportant avec eux les tuyaux pour les relier aux bornes d'incendie.
Dans la ville, un zozo avec un porte-voix donna l'ordre d'évacuer le centre ville pour permettre aux secours d'arriver.
Les ambulances, les journalistes de l'écrit et du visuel convergeaient (tentaient de converger) vers le lieu de la catastrophe. Le préfet, le maire, les familles des commerçants, les curieux, les incrédules tous ceux qui se sentaient concernés voulaient voir.
La seconde équipe de sapeurs se trouva bloquée à l'entrée de la rue Raymond Poincaré, la rue de l'ancienne Poste et de la pompe à fuel : les gens qui se sauvaient paniqués utilisaient à contre sens la voie bus. Les pompiers abandonnèrent le camion et courent au feu chargés comme des mulets : la bonbonne d'oxygène dans le dos et les tuyaux sur les bras.
Le feu dégageait une forte chaleur, la maison à colombages mitoyenne léchée, goûtée par les flammes qui semblaient apprécier la saveur, s'accrochèrent aux poutres pour n'en faire qu'une bouchée.
Enfin, la première équipe de sapeurs atteint la préfecture. Elle tente avec ses camions de passer à travers la nouvelle place de la Libération fraîchement refaite. L'idée paraissait bonne mais : les voitures en sens unique en provenance du centre-ville bloquaient le passage, idem pour celles qui provenaient de la rue Emile Zola anciennement rue Notre Dame.
Les pompiers partis à pied progressaient difficilement : les gens se sauvant terrifiés, effrayés formaient comme un mur compact infranchissable. A la vue des hommes casqués, le mur s'ébréchait, s'ouvrait pour se reformer, se rebâtir plus solide encore quelques pas plus loin.
La ville était noyée non pas d'eau mais d'un vacarme assourdissant provoqué par les sirènes de police et des pompiers, les klaxons des automobilistes qui voulaient fuir coûte que coûte ; des gens qui criaient appelant leurs progénitures égarées, des gens qui sans perdre de temps priaient à haute voix, des gens qui s'interpellaient, des gens qui hurlaient dans leurs téléphones portables, des gens qui pleuraient sur le devenir des bâtiments des anciennes époques en train d'être perdus.
Bien évidemment la rue Turenne stoppait la progression des soldats du feu : un 4x4 mal garé empêchait les énormes fourgons rouges de le doubler.
Perchés sur les toits à tendre leurs becs, les corbeaux aux yeux noirs brillaient d'un regard mauvais et renvoyaient des éclats aux couleurs de braises.
L'histoire fiction s'arrête là, dans la complète incertitude : les pompiers arrivèrent-ils à temps ? Un miracle avait-il sauvé la ville ?
Troyes brûlera-t-il ?
Les uns diront que tout avait été prévu et que même si …l'incendie aurait été maîtrisé.
Les autres persisteront à dire qu'un épisode comme celui-là ne peut arriver.
Certains diront que c'était la faute à pas de chance, et ressortiront le couplet des hasards
malheureux.
daniel
*tricasser : pour tracasser. Les troyens sont souvent appelés Tricasses d'où le jeu de mots.
Les Tricasses sont un peuple gaulois s'étant établi le long de la Seine dans la majeure partie du territoire du département de l'Aube. Ils donnèrent leur nom à Troyes dénommée Augustobona (en l'honneur d'Auguste) durant la période romaine.
Aux XIIe et XIIIe siècles, Troyes était le lieu des foires de Champagne, qui firent la prospérité de la ville. Le terrible incendie de 1524 ravagea en partie le quartier. Les maisons à pans de bois furent alors reconstruites à l'identique ; les riches familles en profitèrent pour agrandir et embellir leurs demeures. Pour l'essentiel, ces chefs-d'oeuvre remontent donc au XVIe siècle.
Certains logements ont été rebâtis à l'identique après l'incendie général de 1524 à l’image du quartier Saint-Jean
** l'économique troyen : les troyens connaissent bien "les Economiques Troyens", des Economiques disparus ….
L'activité des Économiques débute en 1890, 8 de la rue de la Monnaie, au cœur du centre-ville de Troyes. Société anonyme d'alimentation bon marché, ils affichent comme devise "laisser dire et faire mieux". Les Économiques s'installent en 1905, 63 avenue Pasteur, le long de la voie ferrée qui permet arrivées et expéditions des denrées commercialisées. Siège social et entrepôts sont construits par l'architecte Louis Mony.
En 1901, les Économiques possèdent cinquante trois enseignes à Troyes, dans l'Aube et
hors du département. En 1905, ils possèdent 100 succursales dans l'Aube, l'Yonne, la Seine-et-Marne, la Côte d'Or, la Haute-Marne, la Haute-Saône et les Vosges. Le réseau s'étend dans
l'entre-deux-guerres dans onze départements. Témoin de l'expansion, un nouveau siège social, de style Arts Déco, est érigé avenue Pasteur au début des années 1930 par l'architecte troyen Ch.
Vayeur. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le nombre des succursales progresse encore.
….mais ici dans l'épisode il s'agit de "l'économique troyen", maire de Troyes et actuel ministre de
l'Economie. (décembre 2011)
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